Essais

Revolution 1989 – The Fall of the Soviet Empire

Marc Bordier par Marc Bordier /

Revolution-1989

Voilà un mois que je n’ai rien publié sur ce blog. A vrai dire, j’ai lu peu de livres durant cette période, en partie parce que j’étais très occupé par mon projet entrepreneurial, mais aussi et surtout parce que je n’avais pas vraiment la tête à ça. Comme beaucoup de Français, j’ai passé beaucoup de temps à consulter chaque jour les sites d’information pour suivre l’évolution de l’épidémie de Coronavirus. En cela, mon comportement est semblable à celui de beaucoup de lecteurs : durant les périodes d’élections et de très forte actualité, la plupart d’entre nous se détournent des livres pour suivre les nouvelles, autrefois en lisant des journaux quotidiens, aujourd’hui en consultant les réseaux sociaux, les sites et les chaînes d’information en continu. C’est dommage pour notre santé mentale collective, car les livres offrent un échappatoire et une fenêtre de réflexion bienvenus à l’heure où s’enchaînent les annonces et nouvelles catastrophiques.

 

Pour ma part, j’ai trouvé un peu de réconfort dans la lecture de Revolution 1989 – The Fall of the Soviet Empire, un livre de l’historien Victor Sebestyen sur lequel je suis tombé un peu par hasard alors que je flânais à Prague au Globe Bookstore (cf. la liste de mes Projets de lecture pour 2020). Dans cet essai passionnant qui se lit comme un roman, l’historien britannique raconte l’année extraordinaire qui a vu les régimes dictatoriaux d’Europe centrale et orientale chuter les uns après les autres et leurs peuples opprimés s’enivrer dans la joie soudaine de leur liberté retrouvée.

 

L’histoire débute à la fin des années soixante-dix dans le bloc socialiste. C’était alors encore un univers fermé et solidement maintenu par une idéologie totalitaire et une structure politique que personne ne songeait à remettre en cause depuis les épisodes sanglants de l’écrasement de l’insurrection de Budapest (1956) et du printemps de Prague (1968). Pour camper le décor, Victor Sebestyen rappelle l’influence très forte des communistes dans les mouvements de résistance à l’Allemagne nazie et les premiers succès qu’ils ont enregistré dans les années 50 en 60 lorsqu’il s’agissait de reconstruire et d’industrialiser des pays exsangues au lendemain de la guerre. Mais dès la fin des années soixante-dix, les premiers signes de sclérose commençaient à apparaître : des économies endettées et incapables de fournir les biens de consommation les plus élémentaires à leurs citoyens, des sociétés oppressantes à la hiérarchie figée au profit d’une petite élite privilégiée, dirigées par des vieillards incompétents et aveuglés par leur idéologie. Dès lors, le récit se met en branle, avec la naissance du syndicat Solidarnosc (Solidarité) sur les chantiers de naval de Gdansk. En 400 pages, ce sont tous les événements de cette période cruciale de l’histoire contemporaine qui défilent : la montée en puissance des mouvements dissidents souterrains durant les années quatre-vingts, l’affaiblissement des soviétiques embourbés militairement en Afghanistan en tentant de sauver une révolution marxiste qu’ils étaient bien obligés de soutenir pour faire rempart à l’islamisme à la frontière méridionale de leur empire, le ressentiment croissant des Allemands de l’est face à un Etat policier omniprésent incarné par la toute puissance Stasi, la course à l’armement entre Soviétiques et Américains, les réformes de la Glasnost et de la Perestroïka pour tenter de sauver un système à bout de souffle, la catastrophe écologique de Tchernobyl et les mensonges du pouvoir soviétique pour en dissimuler la nature et l’ampleur, et enfin les événements extraordinaires de l’année 1989, qui ont commencé en janvier par des manifestations en hommage à la mémoire de l’étudiant rebelle tchèque Jan Palach et se sont poursuivis par la victoire de Solidarnosc aux premières élections libres en Pologne, l’exode des Allemands de l’est à travers la frontière hongroise durant l’été, et enfin la chute du Mur de Berlin, la Révolution de velours et le renversement du dictateur roumain Nicolae Ceaucescu en novembre et décembre.

 

Dans Revolution 1989, cette histoire n’est pas seulement celle des événements. C’est aussi et surtout celle des hommes. En s’appuyant sur les archives historiques, l’auteur fait parler les acteurs de cette époque, depuis le citoyen le plus humble qui s’efforce tant bien que mal de survivre dans un univers fermé et répressif, jusqu’aux dirigeants internationaux dont les actions volontaires ou involontaires on provoqué la chute du bloc soviétique : Mikhaïl Gorbatchev, élu en 1985 Premier Secrétaire du Parti Communiste de l’Union Soviétique, dont l’ambition réformatrice était guidée avant tout par la volonté de sauver un système dont il était issu et auquel il était profondément attaché ; Ronald Reagan, conservateur américain porté au pouvoir par une vague anticommuniste et la promesse d’éradiquer l'”empire du mal”, mais qui s’est ensuite révélé beaucoup plus modéré et bienveillant que ne le souhaitaient ses conseillers militaires; George Bush, un Président prudent dépassé par les événements, et bien sûr les dissidents Lech Walesa et Vaclav Havel, des hommes au départ modestes mais qui ont révélé leur grandeur en entrant au service de leurs peuples.

 

Aujourd’hui, à l’heure où affluent les critiques contre la démocratie représentative et l’économie de marché, accusées de nier la souveraineté populaire et de précipiter une catastrophe sanitaire, économique et écologique, la lecture de Revolution 1989 apporte une perspective historique salutaire en nous rappelant l’immense joie des peuples qui se sont affranchis du joug communiste pour rejoindre le camp des démocraties libérales.

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