Essais

Capital & Idéologie en BD

Marc Bordier par Marc Bordier /

Capîtal & Idéologie

Au pied du sapin, le père Noël a déposé à mon attention la BD Capital & Idéologie, une adaptation graphique de l’essai de Piketty réalisée par Claire Alet (anciennement journaliste à Alternatives économiques) et Benjamin Adam (dessinateur). Comme cela fait déjà plusieurs mois que je tente de finir le livre (j’ai calé à la page 400 sur 1200…), j’ai été très heureux de dévorer la BD en une soirée.

Dans son essai, Thomas Piketty analyse de manière approfondie l’histoire des inégalités dans le monde en s’appuyant sur des données inédites dont certaines remontent au Moyen-âge (!). Son essai est devenu un ouvrage de référence pour comprendre les mécanismes par lesquels les inégalités se forment, se creusent ou se réduisent sous l’influence de politiques économiques menées au nom d’idéologies bien identifiées, comme le courant social-démocrate en Europe durant les Trente Glorieuses ou le néolibéralisme depuis le début des années quatre-vingts. Malheureusement, la profondeur et la rigueur qui en font la force sur le plan théorique et conceptuel ont pour pendant une certaine longueur qui peut rebuter les lecteurs paresseux. A ceux-là, je ne saurais trop recommander la lecture de la BD de Claire Alet et Benjamin Adam car elle illustre de manière claire et accessible les thèses défendues par Piketty.

Dans la BD Capital & Idéologie, les auteurs racontent l’histoire d’une famille de riches propriétaires français de l’Ancien Régime à nos jours, en mettant en évidence à travers leurs destins individuels les mécanismes conceptualisés par Piketty. Partant de la société ternaire de l’Ancien Régime où les inégalités étaient justifiées depuis des siècles par un ordre féodal et théologique, il raconte comment la Révolution française vient bouleverser les hiérarchies sociales et en même temps légitimer et sacraliser le droit de propriété. Grâce à un Etat centralisé dominé par une idéologie propriétariste, les inégalités vont perdurer sous les différents régimes au XIXème et au début du XXème siècle jusqu’à ce que l’avènement de l’impôt progressif (en 1914 en France) et les deux guerres mondiales viennent remettre à plat ce modèle. Après la Seconde Guerre mondiale, les politiques de redistribution fiscale vont faire reculer les inégalités dans les pays occidentaux de manière spectaculaire, jusqu’à ce que la tendance s’inverse dans les années quatre-vingts sous l’influence de la révolution conservatrice néolibérale venue de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Dans la BD, les descendants des riches héritiers du début du siècle ont vu leur héritage se disperser au fil des décennies. Devenus professeurs d’histoire ou militants écologistes, ils embrassent bien sûr les idées de Piketty et se montrent très critiques à l’égard des politiques économiques européennes.

Vous l’aurez compris en lisant ce résumé, la BD Capital & Idéologie est un livre engagé avec un parti pris de gauche clairement affiché. En fonction de ses convictions personnelles, le lecteur s’en trouvera soit conforté dans ses opinions, soit fortement agacé. En tout cas, cette lecture ne le laissera pas indifférent. 😉