Essais

La Révolution non-violente – Martin Luther King

Marc Bordier par Marc Bordier /

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Il y a un an presque jour pour jour, j’étais à Washington sur les marches du Lincoln Memorial, à l’endroit même où se tenait Martin Luther King lorsqu’il a prononcé le célèbre discours I have a dream dans lequel il appelle de ses vœux l’avènement d’une société libérée du racisme et revendique l’égalité des droits civiques et économiques entre Blancs et Afro-Américains. Ce discours, l’un des plus importants du XXème siècle, a marqué l’apogée de la lutte pour les droits civiques : un an plus tard, le Président Lyndon B. Johnson signait la loi proclamant l’abolition de la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

 

Aujourd’hui, je profite de mes vacances pour prolonger ce séjour états-unien en lisant le livre La Révolution non-violente (en anglais : Why we can’t wait) que le célèbre pasteur a publié en 1964, en reprenant notamment sa Lettre de la prison de Birmingham. Dans ce texte devenu l’une des œuvres littéraires et politiques les plus importantes de l’histoire américaine contemporaine, Martin Luther King raconte son combat pour les droits civiques. Au printemps 1963, il organise à Birmingham, Alabama, une série de manifestations contre la politique de ségrégation raciale menée par les autorités de la ville. S’opposant frontalement au chef de la police (Commissionner of Public Safety) Eugene “Bull” Connor, alors candidat à la mairie, il fait le choix courageux de passer outre une interdiction de manifester énoncée quelques jours plus tôt par un tribunal et se retrouve embastillé pendant 9 jours dans des conditions épouvantables. Durant son séjour en prison, un geôlier sympathisant lui fait passer un exemplaire d’un journal dans lequel des ecclésiastiques chrétiens blancs dénoncent sa méthode : tout en se déclarant favorables à l’égalité des droits entre les Noirs et les Blancs, ils critiquent son implication “en tant qu’élément étranger” (à la ville de Birmingham) en la qualifiant de “malavisée et inopportune”, arguant que l’égalité devrait être obtenue patiemment par une action devant les tribunaux et non par des manifestations et de l’agitation publique. En réponse, Martin Luther King écrit depuis sa cellule sur le papier du journal, puis sur un bloc-notes que lui prête son avocat, une longue lettre dans laquelle il énonce avec force et clarté les raisons et principes de son action politique. Aux auteurs de la tribune, et plus généralement aux modérés qui recommandent aux Noirs de se montrer “patients” et “raisonnables”, il répond qu’aucune forme d’injustice et d’inégalité dans l’histoire n’a été corrigée naturellement au fil du temps car cela supposerait que les bénéficiaires du système en place renoncent spontanément à leurs avantages. Pour obtenir ce qui leur est dû, les Noirs américains doivent donc demander dès maintenant et pleinement l’égalité des droits civiques. Pour cela, ils doivent suivre les principes de la désobéissance civile énoncée par Henry David Thoreau (curieusement, Martin Luther King ne fait aucune allusion au poète et philosophe américain, lui préférant Gandhi et Saint-Thomas d’Aquin) et enfreindre les lois humaines lorsqu’elles sont injustes, c’est-à-dire contraires au droit moral et divin, comme c’est le cas des lois de ségrégation raciale instituées aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle et dans la première moitié du XXème siècle (lois Jim Crow). Pour être efficace et constructif, leur combat doit suivre résolument la voie de l’action directe non violente, en opposant une résistance pacifique à l’oppression du système pour en démontrer toute l’absurdité. C’est ce qu’on fait les militants des droits civiques à Birmingham devant les caméras du monde entier en manifestant calmement face aux morsures des chiens et aux canons à eau des policiers au printemps de l’année 1963 (vidéo).

 

Je vous recommande vivement la lecture de La Révolution non-violente car c’est un manifeste politique puissant et à la portée universelle, porté par une voix éloquente, sincère et généreuse.

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