Littérature contemporaine

Le Théâtre de Slávek, un roman d’apprentissage à Prague au siècle des Lumières

Marc Bordier par Marc Bordier /

Prague-Delaflotte-Mehdevi

Parmi les milliers de romans parus en 2023, il en est un qui a retenu mon attention de lecteur franco-tchèque : Le Théâtre de Slávek d’Anne Delaflotte Mehdevi. En réalité, il s’agit de l’édition poche d’un récit que la romancière française a publié en 2019 après vingt années d’expatriation à Prague. Elle y raconte la vie de Slávek Sykora, une jeune homme né au début du XVIIIème siècle dans une famille d’artisans. Après une enfance heureuse, il a la malchance d’être renversé par le carrosse du comte von Sporck (ou Špork si vous préférez l’orthographe tchèque), un aristocrate éclairé. Cet épisode le condamnera à marcher avec des béquilles pour le reste de sa vie, mais paradoxalement il sera aussi pour lui une chance formidable. En effet, pris de remord, le comte Von Sporck prendra le jeune infirme sous sa protection, lui donnera un tuteur et fera de lui le maitre des lumières de son théâtre.

Un roman d’apprentissage au siècle des Lumières

Dans la lignée des romans d’apprentissage, Le Théâtre de Slávek raconte le parcours intellectuel et moral d’un homme au siècle des Lumières. Destiné au départ à une carrière modeste dans le petit monde des artisans et architectes de Prague, le héros sera initié par son maître à la pensée des plus grands auteurs et artistes de son temps. Il découvrira ainsi le théâtre italien, la pensée du savant et philosophe tchèque Comenius (Jan Komensky), les opéras de Mozart et surtout la littérature en langue tchèque.

La naissance de l’identité tchèque

En partant de l’histoire individuelle de son personnage, le roman d’Anne Delaflotte Mehdevi nous raconte avant tout l’histoire du peuple tchèque et l’affirmation de son identité face à l’oppression catholique, impériale et allemande. En effet, le récit de la vie de  Slávek est aussi l’occasion de convoquer les figures et les événements historiques qui ont forgé la nation tchèque : Jan Hus, le théologien et réformateur religieux qui s’est opposé à l’église catholique au début du XVème siècle, la bataille de la montagne blanche qui en 1620 mit fin à l’indépendance du royaume de Bohême, l’emprise des jésuites sur la vie politique et religieuse, et le renouveau artistique de la fin du XVIIIème siècle grâce à la naissance d’une littérature et d’un théâtre en langue tchèque.

Ce roman plaira avant tout aux lecteurs qui, comme moi, s’intéressent à l’histoire de la Bohême et à la ville de Prague. Dommage que l’intrigue ne soit pas plus prenante, cela lui aurait sans doute permis de conquérir un public plus large.