Voyages

Voyage à Bali, véritable paradis sur terre

Marc Bordier par Marc Bordier /

Pura-Ulun-Danu-Bratan-Bali

Bali et Java : des îles où la religion est omniprésente

J’ai passé mes vacances d’été en Indonésie à Bali, destination lointaine et très dépaysante. Comme beaucoup, j’ai été ébloui par la beauté de ses rizières inondées en étages, ses forêts tropicales luxuriantes, ses volcans noyés au milieu des brumes. J’ai également été séduit par l’accueil chaleureux de ses habitants dont la bonté est authentique, même dans les lieux touristiques envahis par la foule et le mercantilisme. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est l’omniprésence de la religion. A Bali, les temples sont partout : il n’est pas un village ou une maison qui n’ait son espace consacré aux dieux ou aux esprits. A Java, les mosquées et les appels du muezzin rappellent sans cesse au voyageur qu’il est en terre musulmane. Même si l’Indonésie se considère comme un pays laïque, chaque citoyen doit indiquer sa religion sur son passeport, et il ne viendrait à personne l’idée de se déclarer athée ou agnostique.

Les offrandes, manifestation la plus visible de la religion dans l’espace public à Bali

Pour le voyageur français, héritier de Voltaire et de la philosophie des Lumières, cette particularité est pour le moins étonnante. Chez nous, la religion est certes au centre du village, mais sa présence est très délimitée dans l’espace : qu’elle soit catholique, protestante, musulmane ou juive, elle exerce avant tout son influence dans des lieux dédiés au culte. A Bali, elle occupe en permanence l’espace public. Ici, l’hindouisme mêlé d’animisme se manifeste avant tout par de multiples offrandes de nourriture, fleurs et bâtons d’encens déposés çà et là au bord des routes, dans les jardins et les maisons. Elles consistent en un petit plateau de feuilles de palmier chargé des fleurs et de riz cuit aspergé d’eau bénite et oint d’encens.

Une fonction à la fois religieuse et sociale

Ces offrandes sont avant tout destinées à honorer les dieux, au premier rang desquels figure la trinité hindoue composée de Shiva, Brahma et Vishnu (appelés ici Siwa, Brahma et Wisnu), mais aussi les divinités locales comme Dewa Sri, déesse du riz et de la fertilité, sans compter les innombrables esprits des rivières, des forêts et de la mer, ou les arbres sacrés comme ces majestueux ficus géants qui étendent leurs racines au milieu des pierres des temples. Celles qui sont déposées à terre ont vocation à apaiser les démons et les esprits malfaisants; celles destinées aux dieux sont placées sur des autels visibles à chaque coin de rue. Par ces offrandes, les habitants des villages s’attirent la bienveillance des dieux et des esprits, la santé et la prospérité.

Au-delà de leur fonction religieuse, les offrandes jouent une rôle social fondamental : appris dès l’enfance, l’art de confectionner et préparer les Canang sari entretient un lien social très fort entre les habitants d’un même village. Occupant jusqu’à un tiers de la vie éveillée des balinais, il leur rappelle chaque jour qu’ils appartiennent à une communauté, avec ses rites et ses habitudes, et constitue un puissant facteur de stabilité et de cohésion sociale.

En quittant Bali, j’ai emporté avec moi quelques bâtonnets d’encens. Je les brûlerai cet hiver pour retrouver les senteurs et le souvenir des offrandes qui contribuent à faire de cette île un paradis sur terre.