Essais

Déchiffrage des propos présidentiels grâce à un manuel d’instruction civique

Marc Bordier par Marc Bordier /

Manuel instruction civique et morale

Un manuel d’instruction civique et morale pour répondre à la tentation du relativisme, du nihilisme et du cynisme

Il y a quelques semaines, j’ai regardé avec intérêt l’interview du Président Macron par les journalistes Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin. En l’écoutant parler du rétablissement de l’ordre républicain dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et dans les facs occupées par des étudiants contestataires, j’ai eu envie de relire des essais ou des livres consacrés aux valeurs de la République. Comme tout citoyen français, je les entends souvent invoquées dans les journaux, et je croise chaque jour la devise Liberté Egalité Fraternité inscrite au frontispice de nos bâtiments publics. Pourtant, en suivant l’actualité ces dernières années, il m’est souvent arriver de douter. Lorsqu’un Ministre du Budget annonce des hausses d’impôts et des mesures de lutte contre la fraude fiscale au nom de la solidarité républicaine, et vient ensuite à l’Assemblée Nationale mentir publiquement au sujet de l’existence de ses comptes cachés en Suisse et à Singapour, quel crédit accorder au discours sur les valeurs républicaines ? Face à cette actualité politique déprimante, la tentation est grande de céder au relativisme (“A quoi bon ? Est-ce que tout cela a encore un sens ?”), au nihilisme (“De toute façon ils sont tous pourris, je ne crois plus en rien“) ou au cynisme (“Le système entier est corrompu, autant en tirer le maximum de profit”).

En réaction à cette tendance, j’ai choisi  de lire le Manuel d’instruction civique et morale CM1-CM2 publié en 2011 aux éditions de La Librairie des Ecoles. Pour un lecteur qui a quitté depuis bien longtemps les bancs de l’école primaire, ce choix peut surprendre. Eh bien, figurez-vous que c’est probablement le meilleur livre que j’aie lu cette année. L’ouvrage a été rédigé par une certaine Chantal Delsol, philosophe et membre de l’Académie des sciences morales et politiques. Il est découpé en quarante-sept chapitres très courts, dont vingt-quatre sont consacrés à des notions essentielles de morale individuelle, (“Etre un humain”, “Le bien et le mal”, “La conscience” “la Liberté”, “L’égalité”, “La dignité”, “L’honnêteté”, “La tolérance”, “Le courage”, etc.), treize à des notions de morale sociale (“La justice”, “La loyauté”, ‘La solidarité”, “L’amitié”, “La famille”, “L’autorité”, “Mon pays”, etc.), et enfin les dix derniers aux concepts essentiels d’instruction civique (“L’Etat de droit”, “Les droits de l’homme et du citoyen”, “La justice et le pouvoir judiciaire”, etc.). Chaque chapitre est composé d’un ou deux courts extraits de textes littéraires (poèmes de Victor Hugo, de Kipling, extraits de romans de Kundera, d’essais de Rousseau, etc.) accompagnés d’une série de questions de compréhension, et suivis d’une leçon de philosophie d’une page. Destinées au départ à un jeune public, les notions philosophiques abordées dans ce manuel sont exprimées dans leur quintessence. Prises dans leur ensemble, elles réaffirment avec force, clarté et simplicité ce qui fait l’essence de la République : une collectivité de citoyens unis, solidaires et engagés dans la défense de l’idéal précieux que leur ont légué leurs ancêtres.

La République n’est pas un syndic de copropriété, mais un idéal commun à défendre

En regardant le reportage du réalisateur Bertrand Delais « Macron président, la fin de l’innocence » diffusé hier soir sur France 3, j’ai prêté une attention particulière au passage polémique dans lequel il oppose une vision élevée de la République, tendue vers un absolu pour lesquels les citoyens doivent être prêts à se sacrifier, à une conception étriquée et intéressée dans laquelle chacun la traiterait comme un syndic de copropriété destiné à défendre ses intérêts. En y réfléchissant, et en repensant aux leçons du Manuel d’instruction civique et morale dont je viens d’achever la lecture, je ne peux que lui donner raison. Sur la forme, on pourra juger sa sortie sur les APL maladroite, déplacée ou arrogante. Mais sur le fond, il ne fait que rappeler une évidence : la République n’est pas un gros gâteau dont chacun viendrait se servir une part, mais un idéal que chaque citoyen a le devoir de défendre.